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Hommage rendu aux soldats de Napoléon, prisonniers sur l’îlot de Cabrera aux Baléares.

« Une telle chose est-elle possible en Espagne, au centre même du monde catholique ? » : c’est par ces mots qu’en août 1813 le Diaro de Palma s’indigne du drame qui se joue alors sur l’îlot de Cabrera, pendant la guerre d’indépendance espagnole qui opposa la France et l’Espagne de 1808 à 1814.

  Cet hommage constitue un acte de justice historique pour tourner la page sur une des étapes les plus sombres de l’histoire des Baléares.

De nos jours, le souvenir de ce que certains n’hésitent pas à nommer « Premier camp de concentration de l’Histoire » persiste. Devenue parc national maritime et terrestre depuis 1991 (un parmi les nombreux parcs de Majorque ), Cabrera reste à jamais associée à ce terrible génocide, avec pour seuls monuments un fort en ruine marqué par les inscriptions des prisonniers et un Monolithe commémoratif.

Moments de la cérémonie du 18 juin 2019 Crédits: ultima hora

C’est devant celui-ci que sont venus se recueillir lors d’une cérémonie commémorative le 18 juin 2019, Michel Magnier, Consul Honoraire de France, le Commandement général des Baléares Juan Cifuentes, le lieutenant-colonel Antonio Ortiz et la directrice du Parc terrestre maritime de Cabrera, Maria Francisca López Cortes, entre autres autorités.  

Un rappel historique sur cette tragédie des guerres napoléoniennes

Depuis la défaite des forces françaises lors de la bataille de Bailén le 17 juillet 1808, les vaincus, désavoués par Napoléon, voient leur sort laissé aux mains de l’Espagne victorieuse et de ses alliés britannique et portugais. D’abord entassés sur les pontons de Cadix, ils sont ensuite déportés vers Majorque.

La rendición de Bailén-Casado del Alisal

 Cette décision est fort mal accueillie par les autorités de Majorque qui s’insurgent de l’arrivée de ces soldats français, polonais, suisses allemands et italiens, alors que la population n’est que de 150.000 habitants, dont 30.000 dans la capitale.

La solution à ce problème est rapidement trouvée : Débarquer ces prisonniers à Cabrera, îlot rocheux quasi désertique de 17 km2 de surface et résolument inhospitalier où ne reste qu’un fort médiéval laissé à l’abandon.

Le fort de Cabrera Crédit : viagallica.com

Tout en facilitant la garde et la surveillance des captifs, cette décision protège la population de Majorque des épidémies et même de la « pernicieuse influence » des idées révolutionnaires que les prisonniers ne manqueraient pas de propager parmi les habitants !

 Le 5 mai 1809, 2979 sous-officiers et soldats napoléoniens débarquent sur ce désert de cailloux, 83 vont mourir en l’espace de 8 jours.

Ils sont suivis, entre le 9 et le 12 mai 1809, par un deuxième contingent de 1248 hommes puis d’autres arrivent durant les 5 années qui vont suivre, portant le total à près de 12.000 hommes d’après l’historien canadien Denis Smith.

En 1810, 800 officiers et sous-officiers sont rapatriés en Grande-Bretagne, sur intervention de Marie-Adélaïde, veuve de Philippe-Égalité. Par ailleurs, 600 hommes sont débauchés pour servir dans l’armée espagnole. Enfin, un certain nombre de prisonniers réussissent à s’évader.

Seuls 3.389 de ces prisonniers sont rentrés en France en 1814.

5 années de réclusion durant lesquelles ces hommes et ces femmes oubliés de la France et de l’histoire côtoient quotidiennement la mort, la folie et la maladie. Cabrera devient alors le théâtre de la détresse de ces prisonniers mais également de leurs velléités de construction d’une société commune et de leurs espoirs, souvent déçus, de libération.

Reste de baraquement de prisonniers Crédit : viagallica.com

un thème prolifique en littérature

De nombreux ouvrages ont été rédigés sur cet épisode tragique. Certains se distinguent comme l’essai, « Les soldats oubliés de Napoléon » de Denis Smith et le roman de Michel Peyramaure « Les prisonniers de Cabrera ».

Plus récemment, couronné en 2018 par « la mention spéciale du jury » du Mazarine book day, le roman d’Elisa Sebbel « La prisonnière de la mer ». Elisa Sebbel, professeure à l’Université des Baléares, réside à Majorque depuis de nombreuses années et a effectué de nombreuses recherches historiques sur les prisonniers de Cabrera, s’intéressant particulièrement au sort des femmes, peu nombreuses et dont le rôle essentiel a souvent été oublié dans cette malheureuse histoire.

Se rappeler et honorer : un devoir humain

Pour le Consul honoraire de France aux Baléares, Michel Magnier, cette cérémonie souligne principalement l’amitié franco-espagnole et les bonnes relations entre les deux pays.

 « Nos deux pays entretiennent actuellement d’excellentes relations, nos troupes se déploient côte à côte pour défendre la paix et la stabilité mondiales dans de multiples scénari, fondamentalement sur le continent africain, nous rendons aujourd’hui cet hommage bien mérité aux victimes du XIXe siècle, dont le rappel est non seulement un devoir humain, mais aussi un exercice nécessaire de la Mémoire Historique » a également déclaré le Lieutenant-Colonel Antonio Ortiz.

Un îlot désertique et rocheux

Cabrera est, 200 ans après, un îlot accueillant dont la baie aux eaux merveilleusement bleues et claires est un paradis pour les bateaux de plaisance et peu sont les touristes qui savent ce qui s’est passé ici, de 1809 à 1814.

Pourtant, la beauté de ces lieux ne doit pas faire oublier qu’ils furent les témoins d’un des plus poignants évènements de l’époque napoléonienne.

Crédits: Ultima hora, napoleon-histoire.com, diario de mallorca

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Laurence Griffon

Arrivée à Palma en 1986 pour un court séjour, j’ai rapidement réalisé que j’avais enfin trouvé l’endroit idéal. Omniprésence de la mer, douceur de vivre et une petite librairie franco-anglaise, Book-Inn, où durant dix ans j’ai pu partager ma passion pour la lecture avec les nombreux majorquins férus de culture française. Titulaire d’un diplôme d’état de psychomotricienne, j’ai collaboré en tant que bénévole avec le centre ASPACE, parcouru l’île pendant 3 ans pour une agence de location saisonnière, donné des cours de français à l’Instituto Lluliano. Comme André Brink, je pense qu’il n’existe que deux espèces de folie contre lesquelles on doit se protéger. L’une est la croyance selon laquelle nous pouvons tout faire et l’autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire.

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