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L’organe consultatif de l’Unesco suspend la gestion de la Serra de Tramuntana

Il s’agit de la première mise en garde avant son inclusion à la liste des sites menacés de perdre leur titre de Patrimoine Mondial

L’Icomos, organe consultatif de l’Unesco

La Serra de Tramuntana en tant que Patrimoine Mondial a reçu une première mise en garde de la part de l’Icomos (Conseil international des monuments et des sites), célèbre organe consultatif international lié à l’Unesco. En cause, l’abandon des terres, l’absence d’un plan de gestion efficace et la saturation de visiteurs.

Suite à l’analyse minutieuse des sites déclarés Patrimoines Mondiaux, l’Icomos émet des rapports pouvant conduire l’Unesco à retirer son titre à un site donné.

Circonstances de l’octroi du titre de Patrimoine Mondial à la Serra

Au printemps 2011, à la veille des élections, la nouvelle tant attendue par les partis de gauche et les groupes écologistes tombait : la Serra de Tramuntana rejoignait la sélecte liste des sites déclarés Patrimoine Mondial par l’Unesco.

La déclaration avait été fêtée en grande pompe par les groupes écologistes et forces politiques, notamment par le Pacte qui régissait alors les Baléares et le Consell de Mallorca, et qui espérait ainsi gagner des suffrages face à l’imminence des élections municipales et autonomiques.

Être déclarée Patrimoine Mondial devait représenter beaucoup pour la Serra : davantage de protection, une réhabilitation majeure de son patrimoine rural et architectural, plus d’aides en faveur des paysans et propriétaires, moins de saturation et une meilleure qualité de vie pour ses habitants. Sept années ont passé, sans résultats, et le premier avertissement est tombé.

Bilan de la situation

Sur la lettre qu’il adresse à la présidente du Govern, Francina Armengol, l’Icomos énumère une série de menaces pesant sur la Serra, et rappelle les manquements concernant la conservation du site.

Il y émet également une série de recommandations qui, si elles n’étaient pas prises en compte, impliqueraient l’inclusion de la Serra à la liste des sites menacés de perdre le titre accordé par l’Unesco. La prochaine étape serait alors l’exclusion de la Serra de Tramuntana de la liste des Patrimoines Mondiaux.

La lettre à l’attention de Francina Armengol est signée par Begoña Bernal Santa Olalla, présidente du Comité National Espagnol de l’Icomos, et date de février dernier. Dans son courrier, l’Icomos rappelle à la présidente que la Serra, qui représente 22 % du territoire de Majorque, est déclarée Patrimoine Mondial dans la catégorie de Paysage culturel.

Cela signifie que la valeur universelle exceptionnelle de cette enclave se base sur l’activité humaine qui, depuis des temps immémoriaux, a transformé le paysage pour l’adapter à des cultures basiques d’olives et d’agrumes. Sont ainsi apparues, entre autres choses, les conduites d’eau et une architecture en pierre sèche d’une valeur unique.

Elle poursuit sa lettre en affirmant qu’il faut ajouter à cela « l’un des environnements naturels les plus beaux du monde ».

La présidente de l’Icomos  en Espagne affirme également que« le niveau d’abandon de l’espace agricole de la Serra est inquiétant. Il est nécessaire d’encourager la relance agricole, que ce soit à travers la promotion des produits et l’accord de subventions, ou en agissant sur la politique fiscale et la réglementation afin de favoriser l’activité agraire et sa commercialisation. »

Elle soutient aussi qu’il est urgent d’appliquer un plan de gestion des visiteurs « en tenant compte de la haute pression humaine dont souffrent certains espaces de la Serra. » Elle insiste sur le fait que des plans de gestion des visiteurs sont actuellement appliqués dans de nombreux endroits du monde où la pression est pourtant bien moindre.

D’après l’Icomos, la Ley de Caminos (loi permettant l’accès libre et gratuit à tous les points emblématiques de la Serra de Tramuntana, y compris ceux jusqu’alors restreints ou fermés), les locations touristiques et les projets urbanistiques, tels que celui du Petit Deià, n’ont fait qu’aggraver la situation.

Quant à la gestion de la Serra, « il y a des sujets qui ne peuvent pas être indéfiniment remis à plus tard, et le concept de Paysage Culturel exige que les agents locaux participent efficacement à la gestion de la Serra, ce qui n’est pas le cas actuellement. »

L’Icomos rappelle enfin que les statuts du Consorcio Serra de Tramuntana Patrimonio Mundial envisagent la création d’organes consultatifs qui n’existent pas encore.

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Crédits : El Mundo, Blog d’Erika Lopez Agudo

 

À propos de Audrey Delsaux

Titulaire d'une maîtrise LLCE Espagnol et d'un master Métiers de la Traduction à l'Université de Provence, j'ai toujours été passionnée de langues et de littérature. La profession de traductrice-relectrice m'est donc vite apparue comme une évidence et s'est concrétisée avec la création de mon agence, Mots Ensemble. J'aime le défi qui se cache derrière chaque traduction, cette recherche du terme parfait, du style consacré, cette danse entre anglais, espagnol et français, mes langues de travail... J'ai quitté ma Marseille natale pour rejoindre Majorque par amour, il y a onze ans déjà. Comme la plupart de ses visiteurs, j'ai immédiatement été conquise par cette île aux paysages aussi contrastés que magnifiques, sa culture, ses traditions, ses gens… L'endroit idéal pour poser ses bagages et commencer une nouvelle vie…