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Mobilisation citoyenne contre les bateaux de croisière à Majorque

Grande partie de la société civile déclare la guerre aux croisiéristes en ce mois de juillet 2019, certains habitants de l’île veulent limiter, pour des raisons écologiques, le nombre de navires et de passagers qui débarquent quotidiennement dans Palma.

Crédit : Europa Press

L’augmentation du nombre de navires, une problématique mondiale

La mobilisation des majorquins ne date pas d’hier. Suite à la manifestation d’avril 2018 organisée par le GOB, le mouvement a pris de l’ampleur et cette fois, la nouvelle a fait « presque » le tour du monde, les principaux médias internationaux ont relayé l’information, Le Monde, le Point, Courrier international, la RTBF, Europe 1 entre autres sur le vieux continent.

En Europe, le succès des bateaux de croisière ne se dément pas avec plus de 7 millions de passagers en 2018. Actuellement à Palma, on calcule qu’entre 5 et 8 bateaux accostent quotidiennement déversant jusqu’à 15.000 passagers, plaçant Palma comme la seconde ville portuaire la plus exposée à la pollution après Barcelone !

Manifestation du mois d’Avril 2018 Crédit : Europa Press

Impacts écologique et social des mastodontes de la mer

 Derrière l’impact économique apparemment positifs, se cachent toute une série de conséquences néfastes pour Majorque et la Méditerranée, souvent inconnues des touristes et même de beaucoup de résidents.

La Pollution maritime

« En tant qu’île, nous disposons de ressources limitées et ces navires sont comme des villes flottantes qui déversent nos déchets dans nos eaux » dénonce Marta Ferriol, coordinatrice de Iniciatives XXI, dans « The Guardian ».

La représentante du GOB, Margalida Ramis ajoute que ces navires génèrent entre 200.000 et 400.000 m3 de déchets et que 24% du total des déchets solides présents en mer proviennent ce type de bateau, endommageant gravement la biodiversité des fonds marins.

La pollution de l’air

Un bateau de croisière amarré dans le port produit 200 fois plus de pollution atmosphérique qu’une autoroute selon les données de certaines ONG.

Les particules fines et les oxydes d’azote font partie des principaux polluants de l’air. En 2015, des chercheurs de l’université de Rostock en Allemagne ont estimé que les émissions du transport maritime étaient responsables d’environ 60.000 décès prématurés par an en Europe.

En effet, les navires utilisent un fuel non raffiné dont les émanations sont beaucoup plus toxiques que celles du diesel par exemple. Cette étude met à jour des chiffres alarmants : Les teneurs en soufre recueillies en mer sont jusqu’à 1.500 fois plus élevées que celles autorisées pour le diesel des voitures !

La pollution acoustique

Les moteurs des bateaux restent allumés 24h/24 occasionnant outre la pollution atmosphérique une pollution acoustique non négligeable. Il suffit d’écouter les témoignages des habitants du Paseo Maritimo, comme celui de César qui déclare à Europe 1 « C’est comme s’ils construisaient un immeuble en face de chez moi, on ne voit plus la mer, les moteurs tournent 24h/24. La seule chose que l’on voit c’est un nuage de pollution et du bruit »

Saturation du centre-ville de Palma

Cet été, 300 bateaux sont attendus dans le port, 2 fois plus qu’il y a 10 ans. La fréquentation de Palma a considérablement augmenté, les touristes débarquent tous en même temps et saturent la vieille ville historique.

Ils dépensent peu d’argent en ville et apportent peu d’avantages aux résidents. Palma pourrait dans l’avenir prendre des mesures pour limiter le nombre de touristes qui déferlent dans la ville comme l’ont déjà fait Venise et Bruges.

Crédit : Hosteltur.com

Quelle est la teneur ce manifeste de juillet 2019 et qui l’a signé ?

Ce sont de nombreuses associations civiles qui ont créé et signé cette pétition, intitulée : Manifeste contre les méga-croisières.

La fédération des associations de quartiers de Palma, Iniciatives XXI ( Palma XXI et Tramuntana XXI), ARCA, le GOB, Terraferida, Ecologistas en Acción, Amics de la Terra, Ciutat per a qui l’habita, Lobby de dones, Salvem Es Molinar, Juventud por el clima, Fridays For Future Mallorca,

Mallorca Preservation Fund, Asociación Amigos de los lazos grises, Salvem Porto Colom et Centre Mallorqui de Negocis (CNM) sont quelques-unes des 24 entités qui demandent au gouvernement et à la ville de limiter l’entrée au port des navires de croisière avec les mesures suivantes :

-Un seul navire par jour et pas plus de 4.000 touristes autorisés à débarquer.

Une augmentation de l’écotaxe locale pour les croisiéristes à 5€ (elle est au maximum de 2,5€ actuellement) afin de compenser les dépenses publiques et privées générées par l’impact des touristes en centre-ville.

-Les autorités portuaires devront veiller aux respects des obligations fiscales et professionnelles (droit du travail) de la part des compagnies de navigation. Beaucoup de ces navires battent pavillon de paradis fiscaux comme Panama ou Les Bahamas et ainsi ne paient pas d’impôt en Espagne.

-Les autorités portuaires devront divulguer les impacts environnementaux de la consommation d’eau et d’électricité et de la pollution de l’air et de l’eau.

Le port de Palma devrait devenir zone de contrôle des émissions en Méditerranée (Zone CCE)

Le plus gros paquebot du monde, Symphony of the seas Crédit : wikipedia

Certains restent favorables à la présence massive des bateaux de croisière

Un collectif de représentants des agences de tourisme, des chauffeurs de taxi et des restaurants a appelé à ne pas les diaboliser, soulignant leur apport économique. Un rapport des autorités portuaires indique que les bateaux de croisière ont rapporté 256 millions à l’île et soutiendraient 5.000 emplois.

 La question reste donc toujours la même, vision à court terme ou à long terme ?

Même si les porte-paroles des signataires n’ont pas exclu de mener des actions de protestations si les autorités n’accèdent pas à leurs demandes, il leu faudra se montrer patients car le contrat entre la ville de Palma et les compagnies de croisière a été établi jusqu’en 2022……

Crédits : Europe1, Le point, hosteltur.com, Diario de Mallorca, Courrier international

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Laurence Griffon

Arrivée à Palma en 1986 pour un court séjour, j’ai rapidement réalisé que j’avais enfin trouvé l’endroit idéal. Omniprésence de la mer, douceur de vivre et une petite librairie franco-anglaise, Book-Inn, où durant dix ans j’ai pu partager ma passion pour la lecture avec les nombreux majorquins férus de culture française. Titulaire d’un diplôme d’état de psychomotricienne, j’ai collaboré en tant que bénévole avec le centre ASPACE, parcouru l’île pendant 3 ans pour une agence de location saisonnière, donné des cours de français à l’Instituto Lluliano. Comme André Brink, je pense qu’il n’existe que deux espèces de folie contre lesquelles on doit se protéger. L’une est la croyance selon laquelle nous pouvons tout faire et l’autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire.

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