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Majorque, nous avons un problème économique

Les îles, avec un revenu par habitant de 26 764 €, occupent la septième position dans le classement du PIB

Nous avons un problème économique
Les îles, avec un revenu par habitant de 26 764 €, occupent la septième position dans le classement du PIB

ANTONI RIERA FONT

Nous avons un problème économique.

La capacité reconnue des îles Baléares à intégrer de plus en plus de personnes, conjointement à l’abondance d’automobiles prestigieuses qui circulent au milieu d’un remue-ménage continu de touristes qui se déplacent dans nos rues et sur nos places s’est heurté cette semaine à la comptabilité régionale d’Espagne.

Rares n’ont pas été les médias qui se sont fait l’écho de la chute de l’archipel dans le classement national du PIB par habitant, qui mesure la capacité de créer de la richesse des différentes communautés autonomes.

Parce qu’il s’avère que les Îles, avec un revenu par habitant de 26 764 euros, occupent la septième position des communautés autonomes et qu’elles côtoient tout juste la moyenne espagnole si l’on tient compte des quelques 3,5 points de pourcentage qui les sépare.

Rien à voir avec la troisième position occupée par les Baléares au début du siècle, quand l’écart avec le revenu par habitant du pays était de 25,7 points. C’est que sur la période 2000-2018, le différentiel entre le PIB des Baléares et le PIB national s’est réduit de 22,2 points, enregistrant la plus forte baisse des 17 communautés autonomes du Royaume.

Il ne s’agit pas, dans l’absolu, d’un problème anodin. Le suivi des différentiels interrégionaux que Impulsa Balears réalise via i/global confirme que, lorsqu’une région réduit de manière continue et progressive l’avantage du revenu par habitant qu’elle a par rapport aux autres communautés, elle accroît les difficultés et favorise les problématiques qui touchent au bien-être (santé, éducation, sécurité, protection sociale, etc.) et, par conséquent, s’auto-impose, également de manière continue te progressive, des restrictions en matière économique et sociale.

C’est précisément ce qui se passe aux Baléares, ce qui n’est pas le cas de Madrid, qui continue de figurer en tête du classement de la nation, en creusant l’écart avec le reste du pays depuis 18 ans consécutifs grâce à une augmentation de 1,2 point de PIB, ni au Pays basque qui a progressé de la quatrième à la seconde position dans le classement national.

Augmentation démographique

Mais pourquoi ? Pourquoi avoir cédé nos troisième et quatrième places en 2002 au Pays basque et à la Catalogne ? Pourquoi avons-nous perdu en 2007 la cinquième position en faveur de l’Aragon ? Et pourquoi, depuis 2008, de manière intermittente, La Rioja nous a rétrocédé à la septième position ?

Peut-être certains, dans une tentative d’identifier rapidement le coupable, attribueront le déclin du PIB par habitant au dynamisme du dénominateur, à savoir l’augmentation de la population.

Cependant, il ne faut pas oublier que l’augmentation démographique (42,9%) s’est concentrée dans le segment des personnes en âge de travailler (86,7%), ce qui a eu pour effet d’augmenter la participation effective de la population au marché du travail et par ricochet a bénéficié au numérateur – la croissance économique -. Or nous avons un problème économique, pas arithmétique.

Peut-être d’autres pourraient, dans la même tentative, arguer du fait que si les Baléares avaient pu bénéficier de certains investissements de la part de l’État, en particulier en matière d’infrastructures, la croissance accumulée au cours des dix-huit dernières années (26,7%), la cinquième plus faible de l’État, aurait été bien supérieure.

Cependant, il ne faut pas oublier que, tout aussi important que le volume des investissements le sont la capacité à faire les bons choix d’investissements ainsi que leur taux de rendement – ce qui est du ressort des administrations autonomes et locales – une capacité qui, compte tenu du faible rendement obtenu, peut être considérée comme faible. Et nous avons un problème économique, pas politique.

Facteurs de production disponibles

Tout indique donc que l’érosion du revenu par habitant des Baléares est en grande partie liée aux taux de rendement des facteurs de production disponibles.

Le fait est que toute (toute !) la croissance enregistrée dans l’archipel au cours des dix-huit dernières années est dûe à l’augmentation substantielle du taux d’activité (volume) et non à une amélioration du résultat atteint (valeur).

Sans surprise, le PIB par personne occupée (ou la productivité apparente du travail) a diminué de 1,7% en termes réels pour les îles, tandis que dans l’ensemble de l’Espagne, il a augmenté de 12,8% au cours de cette période.

Dans le cas de La Rioja, la progression a été de 16,1%. En d’autres termes, aux Baléares, il y en a beaucoup plus en termes relatifs et absolus qui travaillent, donc le gâteau grossit, mais comme la performance de l’effort individuel diminue, le ratio par habitant, la part du gâteau, diminue elle aussi. C’est le problème économique que nous avons.

Un problème économique qui en apporte beaucoup d’autres, lié à l’inadéquation du capital humain, au manque d’investissements dans la recherche et l’innovation, à la mauvaise adaptation du schéma de spécialisation productive, à l’inaccessibilité à certaines infrastructures, au déséquilibre des politiques publiques face aux nouvelles réalités sociales … des problèmes économiques qui convergent tous vers une solution unique : l’impulsion d’une compétitivité globale.

Et cela requiert la participation de tous les acteurs – entreprises, administrations et citoyens – pour rattraper le terrain perdu. Parce qu’il ne s’agit pas de venger le passé, mais de construire ensemble l’avenir.

Antoni Riera Font (Santa Margalida, 1969) est director de la la Fondation Impulsa Balears et Professeur d’Economie Appliquée de l’Universitat de les Illes Balears, centre où il fut reçu Docteur en 1998, et ou il se destine à l’enseignement et à la recherche depuis 1992.

Promoteur du Groupe de recherche sur l’analyse des impacts du tourisme (AEIT), ses principales pistes de recherches se situent dans le domaine de l’économie environnementale, plus spécialement sur les techniques d’évaluation économique basées sur des modèles de choix discrets, l’économie régionale et plus particulièrement sur le système touristique.

Il est l’auteur de plus de cinquante articles publiés dans de prestigieuses revues internationales et il est Directeur, entre autres, du Livre blanc du tourisme des Isles Baléares “vers une nouvelle culture touristique”.

Il est à l’origine de plusieurs programmes de formation supérieure tels que le Master en Gestion d’entreprise « qualité et environnement », et le Master-doctorat International en Economie du Tourisme et de l’environnement.

Il dirige actuellement le Programme de doctorat en Economie Appliquée de la UIB, est président de l’Association Hispano-Portuguaise des ressources naturelles et environnementales (AERNA) et est membre de plusieurs entités tel que l’Institut Balear d’Economia, le Cercle d’Economia de Menorca et le clúster Balears.t.

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Rédaction PIAF

La Plateforme d’Information et d’Accompagnement des Francophones a pour objectif de devenir, par le biais de son site piafmajorque.es, le nouveau point de rendez-vous en ligne des francophones expatriés sur l’île ou souhaitant s’y installer. Le site contient un Carnet d’Adresses où sont répertoriées les entreprises francophones qui se trouvent à Majorque.

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