Villes et villages

Sóller, un héritage de France à Majorque.

IPS Inmo Majorque

Sóller et le Port de Sóller sont nichés dans une splendide vallée fertile sur la côte Nord-Ouest de Majorque à l’ombre de la Serra de Tramuntana, déclarée Patrimoine Mondial par l’Unesco.

Sóller a traversé l’histoire de l’île, habitée depuis l’époque talayotique, occupée par les Romains et les Maures (son nom vient du mot arabe suliar qui signifie coquillage), son histoire est aussi profondément liée à la France !

Tout commence après la révolution française, quand les immigrants français décident d’organiser par voie maritime le commerce des fruits vers leur pays, outre les oranges et les citrons, les amandes, les figues et les olives sont également exportées vers la France.

Le port de Sóller dans Die Balearen de l’Archiduc Luis Salvador d’Autriche (crédit Die Balearen)

La clé de la relation commerciale de Sóller avec la France réside dans la rénovation du port réalisée en 1783 et la qualité de ses infrastructures comme le grand entrepôt de stockage de produits à embarquer.

Les « sollerics » considèrent alors que Montpellier est une ville aussi proche et accessible que Barcelone ou Valence et le commerce maritime avec la France devient le plus important et volumineux.

Car pendant des siècles Sóller a été oubliée du reste de l’île à cause de sa situation géographique enclavée dans cette vallée à l’accès extrêmement difficile. Les seules possibilités d’atteindre Palma étaient le bateau ou les chemins de montagne très dangereux du « Coll de Sóller« .

C’est au XIXème siècle que l’économie de Sóller explose, grâce au développement des cultures de l’olivier et des agrumes qui lui apportent sa richesse et les noms de : Vallée des Orangers et Vallée de l’Or.

Les oranges, l’or de la vallée (crédit naranjamania)

Ces échanges commerciaux apportent aussi une influence croissante de la culture française, les sollerics importent des meubles, s’inspirent de l’architecture et découvrent la mode française…

L’émigration et la vie en France

Au milieu du XIXème siècle, un parasite frappent brutalement les arbres fruitiers de la vallée, les récoltes sont perdues et beaucoup sont ruinés ! Démunis, leur seule issue est alors d’émigrer vers l’Amérique du Sud ou évidemment vers la France.

Dans le sud-est principalement bien que certains soient remontés vers le nord jusque dans les régions francophones des pays voisins : la Belgique, le Luxembourg et la Suisse.

Le port de Sóller point de départ de l’immigration (crédit Pinterest)

En 1887, on ne compte pas moins de 43 restaurants de sollerics à Marseille, les uns attirant les autres, un réseau commercial et familial très solide se développe alors et quand un solleric est en âge de fonder une famille, il épouse une « sollerica » même par procuration, sans la connaître !

Un vicaire, Mosén Josep Pastor, était chargé d’organiser les mariages, l’émigré lui écrivait, lui décrivait les qualités qu’il attendait de sa future épouse et le vicaire cherchait parmi les célibataires de Sóller, la jeune femme qui s’adaptait le mieux à la demande !

Lorsqu’il mourut au printemps 1940, il avait participé à la cristallisation de 1671 mariages, heureux ou malheureux, mais qui ont empêché la rupture de la relation des émigrants avec leur Sóller natal.

Le retour au pays et développement économique

Le commerce des fruits se rétablit progressivement jusqu’en 1921 lorsque le scientifique Albert Szent-Gyorgyi découvre les bienfaits et les pouvoirs curatifs de la vitamine C.

Beaucoup de sóllerics rentrent alors sur l’île pour reprendre leur activité, dans le village on retrouve encore l’influence de ceux qui ont fait fortune au-delà des mers en observant les belles maisons cossues construites à cette époque.

Au début du XXème siècle, les habitants de Sóller font face à l’un de ses plus grands problèmes de développement économique : son isolement géographique.

Ils imaginent un système ferroviaire qui passerait sous la Tramuntana, afin de transporter rapidement et facilement leurs très appréciées oranges de Sóller jusqu’à Palma.

Le tramway qui relie toujours le village au port (crédit Tren de Sóller)

La construction par la société « Chemin de fer Sóller » financée entièrement par les sollerics ambitieux, démarre en 1905 et s’achève en 1912, l’Express de las Naranjas traverse alors 13 tunnels pour accéder à la capitale.

Deux ans plus tard, une ligne de tramway est inaugurée, reliant Sóller à son port elle sert principalement au transport de fruits et légumes. Modernisé depuis, sa structure est restée d’époque, aujourd’hui il véhicule les habitants, et les nombreux touristes qui visitent la région.

L’influence des immigrants et l’héritage de la France :

L’art Nouveau, fait de lignes sinueuses, de courbes et de formes organiques se répand en Europe entre 1890 et 1910, à Majorque on l’appelle le Modernisme.

Sous l’impulsion des nouveaux riches revenus au pays, la grand-place de Sóller se refait une beauté, les façades de l’église et de la banque qui la jouxte sont remaniées par Juan Rubio, un disciple de Gaudi.

La pierre grise (ou bleue) et le fer forgé se retrouvent dans toutes les constructions, notamment les splendides hôtels particuliers décorés de dentelles de pierre.

Le « Gran Hotel » de Sóller date de 1901 (crédit Gran Hotel)

Dans cette ville encore médiévale, c’est un choc esthétique pour les anciens qui sont restés, les critiques fusent !

On reproche le style « nouveau riche » mais ce dernier s’impose finalement dans toute la ville, il est aujourd’hui un superbe témoignage de l’échange culturel fait par ces migrants d’une autre époque.

Plus d’un siècle plus tard, cette histoire franco-majorquine reste très vivace dans le cœur des descendants et l’héritage français se retrouve encore dans la forme particulière du majorquin des sollerics, empreint de gallicismes curieux, un merveilleux échantillon d’histoire vivante.

En voici quelques exemples frappants : carrotta (carotte), cocalutxa (coqueluche), dona de menatge (femme de ménage), mallot (maillot de bain), Gara (gare), lapí (lapin), petit pouá (petit pois), posta (poste), valisa (valise)…

Sources : Ultima Hora, Fotos Antiguas, Soller1, Wiki

Joana Leal

Je suis née entre 2 cultures radicalement différentes qui m’apportent une vraie richesse, grâce à une maman belge voyageuse qui découvre l’île dans les années 60 et rencontre un charmant majorquin, l’amour de sa vie. Toutes les vacances de mon enfance ont le goût salé de la mer, le chant des grillons dans les pinèdes et le bonheur de retrouver ma tatita (grand-mère) les cousins et les cousines dans les grandes fêtes de San Jaime. Mon métier de Responsable Communication et Evénements, d’abord dans une radio belge et ensuite pour Mons, ma belle ville culturelle et chargée d’histoire, m’a toujours passionné. Mais le gris du ciel devenait de plus en plus pesant et comme une évidence, je savais où trouver la lumière ! Depuis un an j’ai posé mes valises… je retrouve mes racines et vis enfin mon grand amour et ma passion pour Majorque !

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