Art, Culture & InfosPatrimoine Local

La fête de Sant Antoni à Majorque

Une des fêtes favorites des majorquins où feux de joie, diables et eau bénite se fondent dans une même ferveur

Dray & Partners
5/5 - (4 votes)

Après trois ans de restrictions sanitaires imposées par la pandémie, Les traditionnels feux de la Saint Antoine reviennent enfin dans les quartiers de Palma et les nombreux villages de l’île.

Depuis des siècles Sant Antoni fait battre le coeur des majorquins

La fête de Sant Antoni a lieu tous les 16 et 17 janvier et ses origines remontent aux racines agricoles de la société insulaire, lorsque la population avait l’habitude de prier Saint Antoine, patron de tous les animaux indispensables aux travaux des champs. 

De nos jours, ce sont plutôt les animaux de compagnie qui sont bénis. Chiens, chats, chevaux, ânes, chèvres, moutons, poules, oiseaux et même reptiles et rongeurs seront aspergés d’eau bénite lors des Beneïdes (Bénédictions) de Sant Antoni le 17 janvier.

Organisées en parallèle dans de nombreuses municipalités, celles de Muro et de Palma se distinguent par leur haut niveau de participation. L’esplanade de la cathédrale de Majorque se transforme en un véritable parc animalier durant toute la matinée !

Demoni, foguerons et torrades pour un grand moment de partage autour du feu

« Sant Antoni gloriós, / advocat des bestiar, / beneïu els homes ases / com els ases animals : Glorieux Saint Antoine, / défenseur des animaux / bénissez les hommes qui sont des ânes / ainsi que les ânes  » . Ce sont les paroles d’ un goig (composition poétique populaire) qui est chanté depuis l’Antiquité à Sant Antoni Abat, ce moine chrétien né en Égypte au IIIe siècle qui a su résister aux appels du Diable dans le désert.

Cet acte de résistance face à la tentation est remémoré par le défilé des Demoni, symbole original de la fête, qui marque le début de la Revetlla de Sant Antoni, le 16. Accompagnés de musique traditionnelle, de pétards et feux de bengale, ils dansent dans tous les coins des villages. Dans le même temps des effigies du diable sont brûlés et des foguerons sont allumés un peu partout. 

La fête est à son apogée avec les torrades, où sont grillées les sobresadas, butifarrons et autres saucisses traditionnelles de la gastronomie majorquine. On déguste également des espinagades (semblables à une empanada, ses ingrédients caractéristiques sont le chou et la longe ou l’anguille) et des cocas de poivrons, de légumes ou de trempó.

Et jusqu’à l’aube, on danse au son des ximbombes (tambours) et on déclame des gloses (chanson en vers improvisée sur une mélodie déterminée, typique de la culture orale catalane).

 Les fêtes de certains villages sont plus célèbres que d’autres, comme Sa Pobla, Artà, Manacor, Alcúdia, Andratx, Algaída, Muro et Pollença. Cette dernière est la plus spectaculaire avec le fameux Pi de Sant Antoni de Pollença : tendu par des volontaires depuis le domaine de Ternelles jusqu’à la Plaça Vella de la ville, ce tronc de pin est enduit de savon. Les jeunes se disputent l’honneur d’être les premiers à grimper jusqu’au sommet.

Une grande nouveauté en 2023 dans le défilé des Demoni

Le patriarcat recule légèrement en ce début d’année puisque, après de fastidieuses négociations auprès du collectif du festival, une femme de l’Assemblea Antipatriarcal de Manacor a enfilé pour la première fois un costume de dimoni pour danser avec le reste du groupe patronat de Sant Antoni.

Cela semble incroyable que certains n’acceptent toujours pas la présence des femmes dans la culture populaire du XXIº siècle. Et pourtant cela est la norme pour d’autres danses locales comme les Cossiers, les Indis et les Moretons. 

Une journée historique pour la culture populaire et l’intégration du genre dans la tradition populaire majorquine !

Crédits : mallorcatouristguide.com. illes balears, ultima hora, diario de mallorca, rove.me, semallorca.com

Défilés de Dimoni dans différents villages de Majorque

Laurence Griffon

Arrivée à Palma en 1986 pour un court séjour, j’ai rapidement réalisé que j’avais enfin trouvé l’endroit idéal. Omniprésence de la mer, douceur de vivre et une petite librairie franco-anglaise, Book-Inn, où durant dix ans j’ai pu partager ma passion pour la lecture avec les nombreux majorquins férus de culture française. Titulaire d’un diplôme d’état de psychomotricienne, j’ai collaboré en tant que bénévole avec le centre ASPACE, parcouru l’île pendant 3 ans pour une agence de location saisonnière, donné des cours de français à l’Instituto Lluliano. Comme André Brink, je pense qu’il n’existe que deux espèces de folie contre lesquelles on doit se protéger. L’une est la croyance selon laquelle nous pouvons tout faire et l’autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page