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Majorque et sa langue : initiation au majorquin

Le majorquin représente l’une des principales valeurs culturelles de l’île. Il s’agit d’un dialecte, proche du catalan, qui présente certaines variantes par rapport aux dialectes des autres Îles Baléares.

Même si l’espagnol est la langue officielle du pays, il coexiste avec d’autres langues dans 6 des 17 communautés autonomiques, telles que le catalan (10 millions de personnes), le galicien (3 millions de personnes) et le basque (850 000 personnes).

Parmi ces langues des plus éclectiques, se trouve le majorquin, dont les particularités reflètent l’histoire de l’île.

Influence historique sur la langue

Au cours de son histoire, Majorque a été dominée par divers peuples ayant exercé une influence directe sur sa langue : de sa domination romaine est issue une langue romane propre qui s’est vue modifiée au fil des siècles et du contact successif avec les Vandales, les Byzantins, les Maures et enfin, à partir de 1229, les Catalans avec la Reconquête.

De ces circonstances historiques, sont nées les variantes particulières du dialecte majorquin qui en font la langue que nous connaissons à l’heure actuelle.

Caractéristiques du majorquin

Les caractéristiques morphologiques principales du majorquin sont les suivantes :

  • L’emploi de l’article salé (es/sapour le/la). Dans l’évolution morphologique de l’article, la variante baléare est dérivée du démonstratif ipse et non ille, à l’inverse des autres langues hispaniques. C’est ainsi que le majorquin emploie sa porta et le catalan, la porta ;
  • La conservation de formes verbales archaïques disparues dans les différents territoires de langue catalane ;
  • L’emploi répandu de l’article neutre, qui apparaît généralement dans les formes toniques, et qui le distingue aussi du catalan continental ;
  • L’ouverture des voyelles moyennes (e et o) et de la voyelle fermée antérieure (i).

Le majorquin en tant que variante dialectale présente une extraordinaire richesse, de par son insularité et la rare contamination extérieure au fil des années.

L’un des écrivains les plus notables en langue majorquine fut Ramón Llull, auteur de traités scientifiques, philosophiques et poésie, à une époque où les cultures chrétienne, arabe et juive cohabitaient sur l’île.

Initiation au majorquin

Si vous souhaitez vous attirer la sympathie des autochtones, il vous sera utile de connaître les mots et expressions les plus usités dans la langue de tous les jours, tels que : Uep! (interjection de salutation), Bon dia (bonjour), Adéu (au revoir), Per favor (s’il vous plaît), Gracis (merci), Bona tarda (bonjour à partir de 13h) ou Bona nit (bonne nuit).

D’autre part, vous entendrez souvent les Majorquins dire Mem, l’équivalent du A ver espagnol, qui pourrait se traduire par Voyons voir.

Penchons-nous désormais sur les toponymes comportant Can, Son et Bini

Bini est un préfixe d’origine arabe s’étant introduit dans la langue parlée à Majorque sous la domination maure, entre l’an 902 et 1229. Il signifie Fils de et vous pouvez le trouver, par exemple, dans Binissalem, Binifaldó, Biniali ou encore Biniaraix.

Can est une expression catalane signifiant Chez. Elle fut introduite à Majorque sous la Reconquête à partir de 1229. Nous la trouvons ainsi dans Can Pastilla, Can Picafort, Ca’n Joan De S’aigo, Ca s’àngel, Can Bum…

Enfin, Son est une expression issue de l’ancien catalan voulant dire Appartient à. Son Moragas, Son Ribot, Son Castelló en sont quelques exemples parmi tant d’autres.

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Similitudes avec le français

Bien que le majorquin parlé ne soit pas toujours évident à comprendre pour un Français, à l’écrit, la tâche est beaucoup plus aisée. Et elle le sera plus encore pour un Provençal, qui se surprendra à trouver des ressemblances frappantes avec son propre dialecte.

Si l’on sait que le français et le catalan sont tous deux des langues romanes et que le catalan et l’occitan ont la même origine, la surprise n’est plus de mise…

Parmi les ressemblances grammaticales, l’on peut souligner, par exemple, l’emploi systématique du passé composé au détriment du passé simple dans la langue orale, ou l’emploi des pronoms hi (cat.) / y (fr.) et en, inexistants en espagnol.

Quant au vocabulaire, les termes formatge, fer, començar, menjar, parlar, voler, sucre, petit, millor, sovint, demà, finestra, llit, oncle ou fill sont la preuve d’une similarité lexicale très élevée.

 

Ainsi, de par toutes ces similitudes avec le français, nous sommes en mesure de nous demander si la langue ne contribuerait pas un peu au fait que les francophones se sentent si bien à Majorque… À méditer !

 

Crédits : Comparaison français et catalan, Portal europeo de la juventud, Wikipedia, dompick, LifeStyleFincas

 

 

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Audrey Delsaux

Titulaire d'une maîtrise LLCE Espagnol et d'un master Métiers de la Traduction à l'Université de Provence, j'ai toujours été passionnée de langues et de littérature. La profession de traductrice-relectrice m'est donc vite apparue comme une évidence et s'est concrétisée avec la création de mon agence, Mots Ensemble. J'aime le défi qui se cache derrière chaque traduction, cette recherche du terme parfait, du style consacré, cette danse entre anglais, espagnol et français, mes langues de travail... J'ai quitté ma Marseille natale pour rejoindre Majorque par amour, il y a onze ans déjà. Comme la plupart de ses visiteurs, j'ai immédiatement été conquise par cette île aux paysages aussi contrastés que magnifiques, sa culture, ses traditions, ses gens… L'endroit idéal pour poser ses bagages et commencer une nouvelle vie…

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