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Le chant de la Sibylle

Une tradition médiévale qui résonnera à Majorque la nuit de Noël

«Jésus-Christ, Roi de l’Univers et Dieu éternel, viendra pour juger et donner à chacun le plus juste. Un grand feu descendra du ciel : mer, sources, rivières, il brûlera tout. Les poissons pousseront de grands cris…» Ces paroles inspirées de l’Apocalypse de Jean (le dernier livre du Nouveau Testament) seront entonnées en catalan lors de la messe de minuit, le 24 décembre dans de nombreuses églises de Majorque.

Deux lieux sacrés sont privilégiés par les Majorquins, la Seu, Cathédrale de Palma et le monastère de Lluc dans la commune de S’escorca.

 

Une prophétie grecque mise en scène pour être chantée dans les églises dès le Moyen-Age

Ce chant a pour origine une prophétie attribuée à Sibylle Erythrea dans laquelle elle prédit la naissance du Christ mais aussi sa seconde venue sur terre en vue du jugement dernier.

Le message de ce poème grec a été traduit en latin au Vº siècle par Saint Augustin dans « La cité de Dieu », puis à partir du IXº siècle, il commence à être intégré dans les liturgies des Matines de Noël.

On en retrouve de nombreuses versions dans toute l’Europe méridionale chrétienne, Cordoue, Barcelone, Gérone, Rome, Montpellier, Tarragone et même à Paris.

Au XIIIº siècle, ce chant sibyllin se retrouve de façon générale en France, en Castille, en Catalogne et en Italie et il commence à être chanté dans les différentes langues qui supplantent peu à peu le latin : l’occitan, le castillan et le catalan.

Le spectacle du « 8 » de la cathédrale de Palma

Une tradition bien ancrée qui aurait pu disparaitre sous l’effet du Concile de Trente (1545-1563) si certaines églises n’avaient pas désobéi à la hiérarchie ecclésiastique.

L’interprétation du chant sibyllin s’accompagne d’une mise en scène et le concile de Trente, dans son désir d’épurer la liturgie de Noël, décide de proscrire toute représentation théâtrale dans les églises et interdit donc le chant de la Sibylle.

Même si certaines églises font de la résistance et maintiennent la tradition, Ce chant grégorien a progressivement disparu sauf, minoritairement à Valence, également dans un village de Sardaigne, Alghero où survit l’usage de la langue catalane et surtout à Majorque pour notre plus grand plaisir.

En 1967, s’appuyant sur ce qu’il considère comme « l’expression authentique de la piété », l’évêque de Palma, D.Rafael Alvarez demande aux autorités ecclésiastiques de Rome l’approbation de cette cérémonie ce qui lui sera concédé le 13 décembre 1967.

Depuis, en 2010, El Cant de la Sibil.la est même devenu patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Une œuvre unique parfois austère qui annonce l’Apocalypse avec la douceur de voix enfantines

Dans la soirée du 24 décembre, la basilique de Lluc et la cathédrale de Palma seront décorées de bouquets de roses et glaïeuls ainsi que de guirlandes de papier pour cette cérémonie religieuse si chère au cœur des Majorquins.

Pendant El cant de la sibil.la, un garçon ou une fille, dans le rôle de la Sibylle et tenant dans ses mains une épée dressée devant son visage, traverse l’église accompagné-e de deux enfants de chœur portant des cierges.

Il/elle chante chaque strophe en alternance avec la chorale qui reprend le refrain, accompagnée par un orgue. A la fin du chant, il /elle dessine un grand signe de croix avec son épée.

C’est la chorale des Blauets qui interprète ce chant au Monastère de Lluc, une des plus célèbres de l’île et dans laquelle de nombreux petits majorquins rêvent de chanter.

Nul besoin d’être un fervent chrétien pour assister à cette célébration et se laisser envahir par la magie des notes précieuses del cant de la Sibil.la. L’émotion est garantie !

Et si vous voulez suivre à la lettre la tradition majorquine, il vous suffira en sortant du temple religieux de vous rendre en famille dans un café, encore ouvert en ce soir de Noël, comme C’an Joan de S’aigo à Palma, pour prendre un chocolat chaud et savourer une coca de patata.

 

 

Video de la sibylle :

 

Sibylle chantée par Maria del Mar Bonet :

 

 

Crédits : libération.fr, cairn.info, ich.unesco.org, correos.es, paraula.org

Laurence Griffon

Arrivée à Palma en 1986 pour un court séjour, j’ai rapidement réalisé que j’avais enfin trouvé l’endroit idéal. Omniprésence de la mer, douceur de vivre et une petite librairie franco-anglaise, Book-Inn, où durant dix ans j’ai pu partager ma passion pour la lecture avec les nombreux majorquins férus de culture française. Titulaire d’un diplôme d’état de psychomotricienne, j’ai collaboré en tant que bénévole avec le centre ASPACE, parcouru l’île pendant 3 ans pour une agence de location saisonnière, donné des cours de français à l’Instituto Lluliano et plus récemment travaillé avec le cabinet MG PEP’S, spécialiste en hygiène alimentaire . Comme André Brink, je pense qu’il n’existe que deux espèces de folie contre lesquelles on doit se protéger. L’une est la croyance selon laquelle nous pouvons tout faire et l’autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire.

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