Produits et Traditions

Les majorquins qui font Majorque : Marina Alonso de Caso

Marina est l’heureuse fondatrice de La Salina, une librairie méditerranéenne, multilingue et transfrontalière

Dray & Partners
5/5 - (10 votes)

Y a-t-il quelque chose de plus excitant que d’ouvrir une librairie ?

L’ouvrir comme un espace de résistance, de dialogues, d’attention. Contre l’isolement, les soliloques, le tourisme obscène, l’apathie, les liens précaires. L’ouvrir et se chercher entre les lignes, se perdre dans des romans indispensables et des essais lumineux. Se retrouver entre la poésie, peut-être.

Et tout cela sur une île si belle et généreuse. Dans un quartier avec son marché, les mouettes, les terrasses ensoleillées en hiver. À côté d’un parc.Tout près de la mer.

Marina Alonso de Caso

La Salina est nichée dans un ancien appartement au rez-de-chaussée d’une rue calme et apaisante de Santa Catalina, comme une évidence pour ce havre de culture et de bon goût. La librairie respire le neuf, et pourtant elle a déjà une âme. Être entouré de livres est déjà un pur bonheur en soi, mais lorsqu’ils sont disposés dans un endroit visuellement agréable, chaleureux et stylé, vous comprenez vite que vous allez y revenir souvent !

Avec ses étagères et son parquet en bois blond contrastés par des colonnes métalliques d’un rouge automnal, ce temple des beaux livres possède cet indéfinissable charme des lieux de partage créés avec sincérité et passion.  Le 23 décembre 2021, Marina ouvrait les portes de La Salina pour la première fois. Une aventure qu’elle a accepté de nous raconter.

Bonjour Marina, parle-nous de toi et de ton parcours professionnel

Je suis née à Majorque, il y a plus de 30 ans, mon père est Barcelonais et ma mère Sévillane. J’ai fréquenté le Lycée Français de Palma, puis fait des études de Sociologie entre la France, la Belgique et l’Espagne. Un peu plus tard, j’ai obtenu un master en littérature appliquée à la Sorbonne et un post-grado en management des industries créatives à Madrid. J’ai aussi vécu en Allemagne et au Mexique.

J’ai commencé mon parcours dans le monde du livre dans une maison d’édition espagnole à Berlin, puis je suis devenue agent littéraire et éditrice.Mon dernier poste avant de rentrer à Palma, était dans le service de littérature étrangère des Éditions Gallimard.

Quelles sont tes motivations pour cette nouvelle aventure littéraire ?

À mon retour de Paris, revenue à Majorque, j’ai travaillé à la librairie La Biblioteca de Babel-Caixafòrum pendant un moment. J’ai ainsi découvert le livre du point de vue du lecteur directement, sans l’intermédiaire de la presse, des commerciaux ou d’autres agents du secteur. Comme si la boucle était bouclée ! J’ai eu ainsi l’opportunité de mieux apprivoiser les motivations des lecteurs pour choisir un livre, ce qui me semble passionnant.

En fait, en apprenant le métier de libraire, j’ai vraiment découvert l’impact que la lecture d’un livre pouvait avoir sur une personne donnée. Une personne avec un visage, avec une histoire que je connaissais aussi maintenant. Même si à un niveau personnel, je l’ai heureusement aussi vécu, voir en direct comment un livre peut arriver à consoler, à accompagner, à apporter une réponse  m’a grisé en quelque sorte !

Pourquoi avoir choisi le quartier de Santa Catalina ?

D’abord parce qu’il n’y avait pas de librairie. Un quartier, pour avoir une âme, a besoin d’une librairie. Il faut voir les livres, les toucher pour avoir envie de les acheter. Ensuite, Santa Catalina est un quartier dynamique et cosmopolite. Ça conjugue très bien mes valeurs en tant que libraire et je suis heureuse d’entendre les habitants du quartier me remercier pour avoir ouvert La Salina. Je commence à avoir une clientèle fidèle et c’est très agréable.

 Quelle est l’influence de Majorque à La Salina ?

Déjà, le nom de la librairie. J’aime particulièrement le sud de Majorque, Ses Salines et sa lumière orange si unique. Je vois aussi le livre comme un grain de sel et une librairie comme une montagne de sel, une sorte de métaphore poétique. Et finalement, Il y aussi un poème de Pedro Salinas que j’aime terriblement, Para vivir no quiero, qui commence ainsi :

Para vivir no quiero

Islas, palacios, torres

¡Qué alegría más alta :

Vivir en los pronombres!

Toutes ces raisons, si différentes les unes des autres, m’ont amenée vers ce choix de La Salina.

Comment sélectionnes-tu tes livres ?

Un par un, éditeur par éditeur. Je propose des livres en 4 langues et je voulais que les livres parlent entre eux, ils sont donc organisés par thème, et non par langue ou par ordre alphabétique. C’est pourquoi on peut trouver Sylvia Plath ou Jules Verne en espagnol, en français ou en anglais. Les Cahiers d’Albert Camus sont en français mais il existe une très belle édition de ce même livre en espagnol qui est aussi sur l’étagère !

Quand vous rentrez dans la librairie, vous découvrez les différents thèmes en y flânant : la gastronomie, les voyages, le design, la photographie, l’art, les romans, la poésie, Majorque, etc. Des thèmes qui parlent forcément à chaque lecteur et chacun peut trouver un livre pour lui-même ou pour offrir.

Une belle anecdote à ce sujet : une jeune femme est venue me voir car un ami lui avait offert un livre de La Salina que je lui avais recommandé. Elle voulait absolument savoir comment j’avais fait pour choisir un livre qui lui correspondait tellement juste avec les brèves explications de son ami. Peut-être qu’ici mon métier de sociologue s’est uni à mon métier de libraire !

Un livre d’un ou une majorquine à recommander ?

J’aime beaucoup Carme Riera. Son premier livre : Te deix, amor, la mar com a penyora,( Je te laisse, amour, la mer comme un gage) a été un choc littéraire lorsque j’étais une jeune lectrice

 Parmi les nouveautés de la rentrée, un grand coup de cœur a été sans doute El matrimonio anarquista (Hurtado y Ortega editores), de Begoña Méndez et Nadal Suau, un essai épistolaire dans lequel le couple s’interroge, avec plein de finesse et de lucidité, sur comment conjuguer désir, couple, liberté et écriture dans un monde qui privilégie les rapports rapides plutôt que les grands compromis.

Parle-nous du coin des enfants, particulièrement soigné et attrayant !

De beaux livres avec de belles illustrations

Ça a été un vrai défi et j’ai dû faire beaucoup de recherches ! C’était très important de choisir de beaux livres avec de belles illustrations et des valeurs positives pour nourrir l’imagination des enfants. J’ai d’abord sélectionné les éditeurs puis j’ai créé des sections thématiques : art, nature, magie, sciences, musique, toujours dans 4 langues.Il y a aussi des jeux uniquement made in Spain en bois ou matériel recyclé.

Faire aussi de cet espace de silence un lieu vivant où auront lieu différentes rencontres

Un coin qui n’attend que les belles rencontres

J’ai beaucoup de projets en collaboration avec d’autres personnes qui seront annoncés sur notre compte instagram et sur la newsletter :

  • Pour les adultes : un club de lecture et un atelier d’écriture en castillan et un club de lecture en français.
  • Pour les enfants : Un cuentacuentos en catalan et en castillan le samedi matin.
  • Un atelier d’écriture en français pour les enfants francophones scolarisés hors du système français.

Ouvrir une librairie en 2021, à l’époque où le numérique et la vente en ligne dominent, prouvent que Marina est une passionnée et une battante. Elle nous rappelle que le livre, n’est pas seulement un alignement de phrases, c’est un objet à part entière qui mérite le plus beau des écrins, comme un bijou de qualité.

La Salina est ce magnifique écrin à Palma !

Crédit photos : Laurence Griffon

Instagram : La Salina

La Salina Carrer de Bayarte, 21A 07013 Palma

Laurence Griffon

Arrivée à Palma en 1986 pour un court séjour, j’ai rapidement réalisé que j’avais enfin trouvé l’endroit idéal. Omniprésence de la mer, douceur de vivre et une petite librairie franco-anglaise, Book-Inn, où durant dix ans j’ai pu partager ma passion pour la lecture avec les nombreux majorquins férus de culture française. Titulaire d’un diplôme d’état de psychomotricienne, j’ai collaboré en tant que bénévole avec le centre ASPACE, parcouru l’île pendant 3 ans pour une agence de location saisonnière, donné des cours de français à l’Instituto Lluliano. Comme André Brink, je pense qu’il n’existe que deux espèces de folie contre lesquelles on doit se protéger. L’une est la croyance selon laquelle nous pouvons tout faire et l’autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page