
Mise à jour en septembre 2026
À l’extrême nord-est de Majorque, s’étend un territoire préservé d’une beauté brute, le Parc naturel de la péninsule du Llevant. Ce vaste espace protégé couvre 17 111 hectares, dont 10 917 hectares terrestres et 6 194 hectares de réserve marine. Il s’étire sur les communes d’Artà, Capdepera, Sant Llorenç des Cardassar et Santa Margalida.
Créé en 2001 par décret du Govern Balear et géré par IBANAT (Institut Baléares de la Nature) il a connu un redimensionnement en 2003 pour se limiter principalement aux domaines publics (environ 2 700 hectares), suite à la restitution de terrains expropriés. Ce réajustement fut motivé par une forte opposition locale.

Ce parc, classé dans le réseau européen Natura 2000, constitue un véritable paradis pour les amoureux de la nature. C’est aussi un condensé de ce que Majorque a de plus authentique à offrir. La nature y règne encore en maître, sculptant des paysages spectaculaires où se succèdent montagnes, garrigues, forêts de pins, plages sauvages, falaises marines, torrents et dunes.
Il abrite les sommets les plus élevés de la Serra de Llevant, la deuxième chaîne montagneuse de Majorque après la Serra de Tramuntana : Talaia Freda (564 m), Puig Morei (561 m), Bec de Ferrutx (519 m), Puig des Porrassar (491 m), Puig d’Alpare (487 m) et Puig de sa Tudossa (441 m).
À l’extrême nord, les réserves naturelles du Cap Ferrutx et du Cap des Freu, dans les municipalités d’Artà et Capdepera, se composent de crêtes rocheuses, torrents, zones humides, plages isolées, falaises abruptes et zones cultivées (amandiers, figuiers, caroubiers, oliviers). Cette diversité favorise une biodiversité de grande valeur pour l’île.
Le parc offre plusieurs sentiers balisés, parmi les plus sauvages que vous puissiez parcourir sur l'île.

Dans ces terres balayées par le vent et baignées de soleil, de nombreuses espèces endémiques trouvent refuge.

On y croise la délicate Primula balearica (primevère endémique), la Paeonia cambessedesii (pivoine de Majorque), l’Hypericum balearicum (millepertuis des Baléares), le Chamaerops humilis, le seul palmier autochtone des Baléares, ou encore le rare Juniperus oxycedrus macrocarpa (genévrier des dunes).
Le sous-bois abrite la sabine, le romarin et d’étonnants coussins végétaux formés par le teucrium marum, cette plante étonnante qui provoque de drôles de comportements chez les chats.

Une partie de la végétation actuelle, notamment les garrigues et maquis, provient des pratiques agricoles passées. Les paysans utilisaient régulièrement le feu pour favoriser les plantes autochtones destinées à l’alimentation des troupeaux.

Le parc naturel de la péninsule de Llevant est un véritable sanctuaire pour la faune, en particulier pour les amateurs d’ornithologie. Il abrite une grande variété d’oiseaux. Parmi eux, l’aigle botté, le faucon pèlerin, le cormoran huppé le Balbuzard pêcheur ou encore le goéland d’Audouin. Le milan royal, un rapace protégé, y est fréquemment observé, régnant dans le ciel par son vol ample et majestueux.
On peut également y admirer le vautour percnoptère, une espèce rare et emblématique des Baléares, ainsi que l’imposant vautour moine. Des espèces sensibles comme le pluvier à collier interrompu et la fauvette baléare, endémique de l’archipel, trouvent refuge sur le littoral.
C'est l'un des meilleurs endroits de Majorque pour observer les oiseaux, en particulier lors des migrations de printemps et d'automne.

La richesse du parc ne s’arrête pas aux oiseaux. On y croise l’escargot des Baléares, le pseudoscorpion cavernicole, et la discrète mais précieuse tortue méditerranéenne, réintroduite avec succès.
Le parc est également le domaine de petits mammifères comme les hérissons, les martres et les genettes. Dans les zones humides, le ferreret, un petit crapaud endémique des Baléares, a fait son retour grâce aux efforts de conservation.

Enfin, sous les eaux transparentes, les prairies de posidonie témoignent de la bonne santé écologique du littoral. Ces herbiers marins jouent un rôle essentiel dans la préservation de la biodiversité marine et la formation naturelle des plages.
Mais ce territoire n’est pas uniquement le royaume de la nature : c’est aussi un livre ouvert sur l’histoire humaine de Majorque. Les traces des premières occupations remontent à l’époque dolménienne, vers 1900 av. J.-C., et se poursuivent à travers les époques proto-talayotique et talayotique, avec des sites emblématiques comme le Puig Figuer ou la Nécropole de Son Real, nichée au bord de la mer.

Au fil des siècles, les hommes ont façonné ces paysages en y installant des cultures d’amandiers, d’oliviers, de figuiers et de caroubiers. Lors de votre promenade vous découvrirez les possesios comme la Finca d’Albarca, la Finca d’Es Verger et S’Alqueria Vella, des immenses propriétés terriennes de la famille noble d’Albarca.
Le Refuge de S’Alzina était la maison principale des seigneurs et sur La Finca d’es Verger qui englobe la magnifique zone côtière du Parc du Llevant, se trouve le Refuge de S’Arenalet, la maison de vacances de l’ancienne famille aristocratique majorquine.
Jusqu’au XXème siècle, les fincas étaient dédiées à la culture des céréales et des oliviers et à l’élevage des moutons et des chevaux. Elles appartiennent depuis 1999 au Govern Balear et abritent de nombreux vestiges de l’activité agricole humaine de la région du Llevant : des norias, un moulin, des aires à blé, des fours à chaux, des citernes,…

Certains lieux portent aussi la mémoire plus sombre du XXe siècle à Majorque, comme le camp de prisonniers républicains de s’Alqueria Vella, installé en 1941 après la guerre civile espagnole, où les détenus furent contraints de travailler sur ces terres. Et sur les hauteurs, la tour de guet de la Talaia Moreia, érigée au XVI ème siècle, rappelle l’époque agitée des attaques de corsaires.
Le parc naturel de la péninsule de Llevant offre un réseau de 19 sentiers balisés, pensés pour tous les profils de visiteurs. Depuis le point d’accueil de s'Alqueria Vella, des balades faciles, parfois audioguidées, permettent aux familles, enfants et personnes à mobilité réduite de découvrir la nature en toute tranquillité.
Pour les amateurs de randonnée, plusieurs itinéraires mènent vers les sommets de la Talaia Freda, du Puig des Porrassar, du Puig d’Alpara ou encore de sa Tudossa, offrant des panoramas spectaculaires.
Le parc propose aussi des circuits à valeur historique, comme la visite d’un ancien camp républicain ou des tours de guet côtières. Le littoral se prête à de superbes promenades vers des criques sauvages comme Cala Matzoc et Cala Estreta, ou à travers la zone de dunes de Son Real.

Tout au long des parcours, des panneaux d’interprétation permettent de mieux comprendre la richesse écologique du site, en abordant des thèmes variés tels que la flore, la faune ou la géologie.
La gestion du parc repose sur un équilibre délicat entre préservation, accueil du public et transmission des savoirs. Des visites guidées, des activités pédagogiques et un musée archéologique ont été mis en place pour enrichir la découverte.
À Son Real, deux anciennes maisons, « Es Sestadors » et « la Casa dels Senyors », ont été restaurées pour accueillir un centre d’interprétation qui plonge le visiteur dans l’histoire agricole et humaine du lieu, entre vidéo, maquettes et récits de vie.
Pour profiter pleinement de votre visite, pensez à emporter de l’eau en quantité suffisante, une protection solaire adaptée et de bonnes chaussures de marche. Les feux sont strictement interdits toute l’année en raison du risque élevé d’incendie. Les chiens sont autorisés mais doivent impérativement être tenus en laisse.

L’accès à la Talaia Moreia est restreint du 15 janvier au 15 août afin de préserver la nidification des oiseaux. Une réservation est obligatoire au moins 48 heures à l’avance.
Les groupes et visiteurs particuliers doivent s’inscrire préalablement par e-mail à : pnllevant@dgmedinatural.caib.es.
S'Alqueria Vella (Ma-3333, km 4,7 – Artà) – Tél : 606 096 830
Son Real (Ma-12, km 17,7 – Santa Margalida) – Tél : 971 18 53 63 / 686 977 101
Le Parc naturel du Llevant est bien plus qu’un simple espace naturel protégé. C’est un concentré de paysages intacts, une immersion dans la culture majorquine, et un sanctuaire pour des espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Respectons-le, protégeons-le !
Sources : es.balearnatura.com – caib.cat
Arrivée à Palma en 1986 pour un court séjour, j’ai rapidement réalisé que j’avais enfin trouvé l’endroit idéal. Omniprésence de la mer, douceur de vivre et une petite librairie franco-anglaise, Book-Inn, où durant dix ans j’ai pu partager ma passion pour la lecture avec les nombreux majorquins férus de culture française. Titulaire d’un diplôme d’état de psychomotricienne, j’ai collaboré en tant que bénévole avec le centre ASPACE, parcouru l’île pendant 3 ans pour une agence de location saisonnière, donné des cours de français à l’Instituto Lluliano. Comme André Brink, je pense qu’il n’existe que deux espèces de folie contre lesquelles on doit se protéger. L’une est la croyance selon laquelle nous pouvons tout faire et l’autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire.