
Le village d’Artà est situé dans le Nord-Est de Majorque, à 70 km de Palma. Nichée entre les montagnes de la Serra de Llevant et une côte méditerranéenne encore sauvage, la commune est très étendue et surprend par la richesse de son patrimoine culturel et naturel.
Loin du tourisme de masse concentré sur la côte, il séduit par son authenticité, son patrimoine culturel riche — dont des vestiges talayotiques et une forteresse médiévale — et sa tradition artisanale.
Artà reste une commune agricole fidèle à ses traditions et à sa douceur de vivre, offrant aux voyageurs de nombreuses possibilités de visites culturelles et touristiques.

Artà est habité depuis la préhistoire, le site talayotique de Ses Païsses (1300–100 av. J.-C.) en est un témoignage majeur. Si les périodes romaine et préislamique restent peu documentées, l’histoire reprend de la clarté à l’époque islamique avec la construction d’une forteresse sur la colline, connue plus tard sous le nom d’Almudaina. Elle devient un refuge durant les incursions corsaires, puis un haut lieu spirituel.
Le village se développe à partir du XIIIᵉ siècle avec l’arrivée de moines et la fondation du priorat de Santa Maria de Bellpuig. Artà traverse ensuite les siècles, affrontant des crises comme la peste de 1820, mais prospérant grâce à l’agriculture et à la petite industrie.
Le centre historique d’Artà, avec ses ruelles étroites, mène à la Plaça d’Espanya, où se trouvent la mairie, Can Cardaix, et la Fondation Aina Maria Lliteras, musée mêlant art contemporain et patrimoine local. Non loin, le musée régional d’Artà (1929) présente des collections consacrées au Llevant majorquin, dont des pièces issues de Ses Païsses.

Dominant le village, l’Almudaina d’Artà se dresse sur une colline stratégique. Entourée de remparts médiévaux, cette ancienne forteresse, dont l’origine remonterait à l’époque islamique voire antérieure, est transformée au XIIIᵉ siècle après la reconquête catalane. Elle sert alors de refuge contre les incursions de corsaires et devient un symbole de sécurité pour la population locale.
Au fil du temps, elle perd son rôle militaire pour devenir un centre spirituel important. Ce lieu chargé d’histoire, accessible par un escalier de 180 marches depuis l’église de la Transfiguration située en contrebas, offre aujourd’hui un panorama imprenable sur Artà et ses environs. C’est également un lieu de pèlerinage toujours vivant.

À ne pas confondre avec le sanctuaire du même nom à Felanitx, le sanctuaire de Sant Salvador d’Artà est l’élément spirituel central de l’Almudaina. Cet oratoire, situé au cœur de l’enceinte fortifiée, constitue bien plus qu’un lieu de culte : il est le cœur symbolique et religieux du village.
Son ascension à pied, bien qu’exigeante, est récompensée par la beauté du site, avec des vues spectaculaires qui s’étendent sur la plaine et les montagnes environnantes. Chaque année, ce lieu accueille des visiteurs en quête de recueillement, de culture ou simplement d’un moment suspendu, entre ciel et terre, dans un décor à la fois simple et majestueux.

Artà perpétue un artisanat ancien : la fabrication de pièces en llata, un tressage réalisé à partir des feuilles du garballó, une palme endémique des Baléares. Ce savoir-faire, transmis de génération en génération, repose principalement sur les mains expertes des femmes locales, surnommées les dones de sa llata.
Autrefois, elles se réunissaient durant les soirées d’hiver pour tresser ensemble ce matériau naturel, apportant un revenu complémentaire à leur foyer. Aujourd’hui âgées de 70 à 80 ans, certaines d’entre elles poursuivent encore cette activité, parfois même en collaboration avec des designers venus chercher authenticité et originalité.
Utilisée à l’origine pour confectionner des objets utilitaires liés aux travaux agricoles ou marins — paniers, balais, tapis, chapeaux — la llata est désormais prisée comme élément décoratif ou accessoire de mode. Chaque pièce, entièrement fabriquée à la main, est unique et produite en petite quantité.
À Capdepera, un musée situé dans le château retrace le cycle complet de cet artisanat, de la cueillette du palmito jusqu’au tressage final. Bien que profondément ancrée dans la culture locale, la llata continue de vivre et d’évoluer, visible dans les marchés, boutiques d’artisanat et autres échoppes des Baléares, témoignant d’une tradition majorquine vivante et précieuse.
À Artà, le charme opère autant dans le cœur du village que dans ses environs. En vous promenant dans le centre historique, vous découvrirez des ruelles animées, bordées de boutiques d’artisanat, de créateurs de bijoux, de vêtements et d’objets uniques. Vous pourrez vous arrêter dans l’un des nombreux cafés pour un brunch ou profiter des restaurants typiques pour goûter à la cuisine majorquine.

Tous les mardis se tient un des plus intéressants et des plus grands marchés de Majorque sur la rue principale où vous trouverez de nombreux stands d'alimentation, de vêtements ou encore de produits artisanaux. Et en été de 10h à 13h, les jardins de la Finca Na Batlessa accueillent un marché artisanal.

La commune d'Artà s'étend sur 140 km dont 25 km de côte naturelle. Le Llevant est aussi connu pour abriter de nombreuses grottes naturelles et dispose au Nord d'un parc naturel et sur son littoral se cachent de très belles plages.
Les sentiers de grande randonnée GR 222 et GR 226 traversent les paysages préservés de la région d’Artà, au nord-est de Majorque. Le GR 222 relie Artà à Lluc, parcourant montagnes, forêts et anciens chemins de transhumance. Il traverse le Parc naturel de la péninsule de Llevant, offrant des vues spectaculaires sur la côte. Le GR 226, itinéraire complémentaire, propose une boucle plus locale autour d’Artà, idéale pour découvrir les charmes de la région entre mer et montagne. Ces deux chemins permettent une immersion totale dans la nature sauvage et authentique de l’île.

Les grottes d’Artà se trouvent sur la côte nord-est de Majorque, à Capdepera, près de Canyamel. Creusées dans une falaise dominant la Méditerranée, elles impressionnent par la grandeur de leurs salles et la hauteur de leurs stalagmites, parmi les plus grandes d’Europe.
Connues depuis l’Antiquité, elles furent explorées au XIXe siècle et visitées en 1858 par la reine Isabelle II, ce qui contribua à leur renommée. Elles attirèrent aussi l’attention de Jules Verne, qui y aurait puisé son inspiration pour Voyage au centre de la Terre, sans jamais y être allé !
Les grottes d’Artà se distinguent nettement des grottes du Drach, situées plus au sud. Elles n’abritent pas de lac souterrain, mais offrent un parcours plus vertical et spectaculaire. Moins fréquentées, elles permettent une visite plus tranquille.

Cet espace naturel protégé situé à la pointe Nord de la Serra de Llevant est divisé en deux réserves naturelles, celle du Cap de Ferrutx et celle du Cap Freu. Le parc est également une zone de Protection Spéciale pour les oiseaux. Plus de détails dans notre article dédié au parc.

Le littoral nord-est de la commune d’Artà offre l’un des visages les plus sauvages et préservés de Majorque. Entre falaises, pinèdes et eaux turquoise, on y découvre une série de plages et criques paradisiaques : Colònia de Sant Pere, ancien village de pêcheurs, Cala Torta, Cala Mitjana, Cala Estreta et Cala Matzoc séduisent par leur beauté brute.
Plus isolée, Sa Font Celada, accessible à pied, récompense les marcheurs par son calme et ses paysages marins intacts. Un littoral parfait pour les amateurs de nature, de baignades tranquilles et de randonnées côtières hors des sentiers battus.

Face au surtourisme qui menace la Méditerranée, Artà reste un havre préservé. Ses plages sauvages, son parc naturel du Llevant et son village authentique rappellent que Majorque mérite respect et protection. Ici, chaque visiteur a une responsabilité : préserver plutôt que consommer, admirer sans déranger, laisser moins de traces que de souvenirs.
Si l’on veut que cette île garde son âme, il faut changer notre regard, ralentir notre pas, et redonner à la nature la place qu’elle mérite. Majorque ne nous appartient pas. Elle se mérite.
Source photo de couverture: abc-mallorca
Source article: viagallica.com, www.artamallorca.travel
Arrivée à Palma en 1986 pour un court séjour, j’ai rapidement réalisé que j’avais enfin trouvé l’endroit idéal. Omniprésence de la mer, douceur de vivre et une petite librairie franco-anglaise, Book-Inn, où durant dix ans j’ai pu partager ma passion pour la lecture avec les nombreux majorquins férus de culture française. Titulaire d’un diplôme d’état de psychomotricienne, j’ai collaboré en tant que bénévole avec le centre ASPACE, parcouru l’île pendant 3 ans pour une agence de location saisonnière, donné des cours de français à l’Instituto Lluliano. Comme André Brink, je pense qu’il n’existe que deux espèces de folie contre lesquelles on doit se protéger. L’une est la croyance selon laquelle nous pouvons tout faire et l’autre est celle selon laquelle nous ne pouvons rien faire.